La Compagnie des Boissons Vivantes
Un demi de bière et un homme qui montre son pouce
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Les idées reçues autour de la bière (1/3)

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La Compagnie des Boissons Vivantes
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Plus que d'autres boissons, la bière véhicule des clichés balourds, tout particulièrement à l'époque moderne et, curieusement, en France souvent plus qu'ailleurs. Sans surprise, l'ensemble de ces préjugés qui ternissent l'image du délicat élixir malté et houblonné qu'élaborent avec soin nos maîtres-brasseurs sont issus de l'ignorance du public et de sa touchante propension à définir les choses par opposition et à généraliser. Ainsi, alors qu'à grand renfort de stratégie marketing, le vin s'est taillé une image de boisson d'élite, la bière est souvent ramenée à une boisson tout juste bonne à désaltérer devant un match de football. Petit tour d'horizon des clichés injustifiés autour de la bière… pour mieux leur tordre le cou !

La bière, une "boisson d'homme" ?

Affirmer que la bière serait une boisson correspondant plus aux goûts des homo-sapiens mâles revient à supposer qu'il y a des saveurs typiquement masculines et d'autres féminines. 

Fort heureusement, il n'est pas nécessaire d'avoir en poche un doctorat en biologie et en sociologie pour constater qu'il n'existe pas de réelle distinction de profil gustatif par genre, mais uniquement par individu, même si l'environnement et l'éducation jouent un rôle non négligeable dans leur évolution. Et cela se constate quotidiennement dans un restaurant ou un bar : lorsqu'on se concentre sur l'expérience gustative, il n'existe plus de frontières de genre. Bref, la bière n'est pas plus une "boisson d'homme" qu'un balai ne serait un "ustensile de femme".

D'ailleurs, par un édifiant clin d'œil de l'histoire, on peut raisonnablement considérer que le père fondateur de la bière européenne est en fait… une mère !

Et ce, en la personne d'Hildegarde de Bingen. En effet, c'est à cette religieuse et médecin du 12ème siècle que nous devons l'utilisation – tout du moins la généralisation – du houblon dans la bière. Elle mit en évidence les vertus aseptisantes de la plante et donc son rôle de conservateur dans le breuvage. À la lumière de son apport décisif à l'histoire de notre boisson tant vénéré, sa canonisation au rang de sainte Hildegarde par le Pape Benoît XVI en 2012 semble tout à fait légitime, n'est-ce pas ?

La bière, une boisson "de soif" ?

Oui… et non !

Tout dépend du style de la bière, certains étant plus propices que d'autres à désaltérer. D'autres, au contraire, invitent à une dégustation posée, soit en raison de la texture la bière, trop "lourde", de son moelleux qui écœurerait le buveur avant de le désaltérer, ou tout simplement de son degré d'alcool : qui a envie d'enchaîner des rasades d'une bière à 18 % d'alcool pour se réhydrater ?

Il existe cependant une multitude de styles de bières réputés pour leur grande buvabilité : Pils, Saison, Pale Ale, Session, etc. Bref, rassurez-vous, il reste tout à fait possible de boire une bonne bière après une activité physique !

Une couleur, une bière ?

"Monsieur, une brune, s'il-vous-plaît !"

Phrase tristement classique dans les bars, n'est-ce pas ?

Car si la bière a bien une couleur visible, il en faut plus que ça pour la définir. Le connaisseur taquin pourra facilement vous faire gouter deux bières de la même couleur, mais avec des goûts opposés. Plus fourbe, il pourra pousser le vice jusqu'à vous présenter deux bières aux couleurs radicalement différentes mais avec des goûts voisins !

La couleur d'une bière est bien un indicateur d'éléments de l'élaboration de la bière par le brasseur, et donc un indice d'une probable saveur dans son breuvage. Cela dit, il lui est aisé d'ajouter tel ou tel malt d'orge pour jouer sur la couleur tout en orientant le profil gustatif et aromatique dans une autre direction. C'est pourquoi les principaux sens qu'utilisera l'amateur pour caractériser un style de bière seront le goût et l'odorat ; la vue avec la couleur intervenant en marge pour trancher en cas de doute, ou bien pour sous-catégoriser un style par couleur. Ainsi, une Pale Ale ou une India Pale Ale auront une large palette de couleur à disposition, sans pour autant en faire une Saison, un Lambic ou une Triple, même si leurs couleurs se confondent parfois.

Profitons-en pour tordre le cou à une croyance tristement répandue : non, une bière de style Blanche n'est pas blanche. À vrai dire, elle pourra même être de couleurs très variées, du blond pâle au jaune paille, en passant par des nuances plus exotiques telles que le rose, l'orangé ou même le brun… mais au mieux, seule sa mousse sera blanche. Pour vous en convaincre, faites le test : versez un verre de Blanche dans un verre et placez-le à côté d'un verre de lait. Car ce dernier, lui, est blanc.

En conclusion, il est plus important de connaître le goût d'une bière ou d'un style que sa couleur, le mieux étant finalement d'avoir conscience des saveurs dont on a envie à un moment donné. Cela dit, rien ne vous empêche de demander au serveur "Une bière qui ressemble à cette brune belge qu'il vous a faite goûter la veille".

Une Triple… fermentation, vraiment ?!?

Essayons de dire les choses clairement :

Oui, une bière pourra avoir eu plusieurs fermentations (plusieurs levures ou plusieurs étapes de fermentation/refermentation d'une même levure), qu'elles soient au nombre de deux, trois, quatre ou plus.

Oui, une bière de style Triple pourra éventuellement être issue d'une "triple fermentation".

Mais, non, une bière ayant subi trois fermentations n'en deviendra pas pour autant une Triple !

Les styles franco-belges Double, Triple et Quadruple correspondent à des standards de goût, et donc d'élaboration, qui, si le brasseur l'estime nécessaire, peuvent éventuellement faire intervenir une fermentation multiple. Quoiqu'il en soit, il est bien plus évident pour l'industriel et surtout son communiquant de parier sur la naïveté d'un public néophyte que de l'éduquer, semble-t-il…