La Compagnie des Boissons Vivantes
Dessin de biere, vin et autres boissons
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Les idées reçues autour de la bière (2/3)

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La Compagnie des Boissons Vivantes
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Plus que d'autres boissons, la bière véhicule des clichés balourds, tout particulièrement à l'époque moderne et, curieusement, en France souvent plus qu'ailleurs. Sans surprise, l'ensemble de ces préjugés qui ternissent l'image du délicat élixir malté et houblonné qu'élaborent avec soin nos maîtres-brasseurs sont issus de l'ignorance du public et de sa touchante propension à définir les choses par opposition et à généraliser. Ainsi, alors qu'à grand renfort de stratégie marketing, le vin s'est taillé une image de boisson d'élite, la bière est souvent ramenée à une boisson tout juste bonne à désaltérer devant un match de football. Petit tour d'horizon des clichés injustifiés autour de la bière… pour mieux leur tordre le cou !

La bière, une boisson amère ?

Là encore, la "sagesse" populaire a ses limites.

Car la bière est ici victime d'un raccourci maladroit entre une saveur marginalisée (ne dit-on pas que "la vie est amère" ?) et un amalgame de fabrication : s'il est vrai que la bière occidentale moderne implique l'apport de houblon au cours de son élaboration et que celui-ci est le responsable – entre autre – de son amertume, il est largement abusif de décréter que "la bière, c'est amère". Alors que certains styles de bières vont s'appuyer sur le "pouvoir amérisant" de quelques variétés de houblons, d'autre vont, soit prendre une direction gustative radicalement opposée (sucré, acide), soit s'en affranchir en partie par l'usage de houblon très aromatique mais parfois peu amer, d'autant que le savoir-faire du maître-brasseur passe également par le pouvoir d'atténuer ou au contraire d'exacerber la manière dont l'amertume sera transmise à la bière.

En clair, oui, beaucoup de bières sont amères, certaines plus que d'autres, mais il existe aussi des styles entiers de bières dépourvus d'amertume.

Pour l'anecdote : à La Fine Mousse, une des missions premières que nous nous sommes donnée est la pédagogie. Avant même d'apprendre aux curieux à reconnaitre tel ou tel style de bière, il est important de leur faire découvrir leurs propres goûts. Cela passe parfois par le réapprentissage des saveurs fondamentales (sucré, acide, amer, salé) dont un nombre effarant de personnes mélange les sensations… au grand détriment de la saveur amère, qui se découvre alors des amateurs, quels que soient les profils et les sexes !

La France, le pays du vin ?

Si la France est réputée pour son patrimoine viticole, la résumer ainsi, c'est, au mieux, être amnésique, sinon naïf, voire même les deux.

Amnésique, car s'il est vrai que le siècle dernier a vu la production viticole se diversifier et prospérer en volume comme en qualité tandis que celle de la bière s'est concentrée dans une poignée de marques de grands groupes industriels, la France a derrière elle un riche passé brassicole. Comme tous les pays producteurs de céréales – la France étant le grenier à céréales de l'Europe – ce "pays de vin" a jadis produit de grandes quantités de bière grâce à d'innombrables brasseries. On peut facilement imaginer qu'autrefois, les familles des zones propices à la culture des céréales brassaient leurs bières, au même titre que les vignerons fermentaient leurs vins et d'autres cultivaient pommes ou poires et obtenaient cidre ou poiré.

Naïf, car si les industries et autres lobbys du vin et de la bière ont pris des décisions stratégiques différentes ces cinquante dernières années, l'un en vantant les vertus d'un produit d'élite avec des codes raffinés et l'autre en insistant sur l'image d'un produit de masse standardisé, force est de constater que notre perception actuelle des produits est celle que les media ont contribuée à colporter. Abstraction faite des quelques châteaux jouxtant certains vignobles, il suffit d'observer le travail des vignerons et brasseurs de nos régions pour constater une même envie, inspiration et maîtrise qui nous permettent de déguster des breuvages d'une diversité gustative exceptionnelle, sans distinction de corporation.

D'ailleurs, il est amusant de noter que la bière est couramment associée aux sports d'équipes, dans l'imaginaire collectif, notamment le football et le rugby. Concernant ces derniers, un fantasme populaire voudrait que, partageant initialement les mêmes valeurs de respect et de partage, seul le rugby les incarnerait encore tandis que le football professionnel s'en serait éloigné, perverti par des sommes d'argent (et des égos) disproportionnées. De même, une certaine frange du monde du vin semble s'être embourgeoisé au point d'intimider le néophyte et parfois même de se targuer d'avoir des bouteilles avec des prix à 4 chiffres.

Finalement, aujourd'hui, la bière ne serait-elle pas au monde des boissons de table ce que le rugby est devenu, par rapport au football, dans le monde du sport de haut niveau ?

La Belgique, un des seuls pays à "faire de la bonne bière" ?

Si la France a pu se réveiller de sa torpeur et commence à renouer avec son passé brassicole, elle ne s'arrête pas là. Car, désormais, le brasseur moderne est décomplexé et ouvert sur le monde.

Les pays traditionnellement reconnus pour leurs productions brassicoles, la Belgique, le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Allemagne, les Pays-Bas  et la République Tchèque en tête, vivent de nos jours tiraillés entre leurs styles traditionnels ancestraux et une vague de renouveau et de création qui dépasse leurs frontières. Mieux, d'autres pays pourtant peu connus du grand public pour la qualité de leurs bières n'ont pas hésité à s'affranchir des codes liés aux terroirs régionaux et ont reproduit, parfois amélioré, et même tenté des hybrides, des styles existants… Si bien qu'aujourd'hui, le petit monde des amateurs et autres connaisseurs de bière s'accorde à dire que le nouvel Eldorado brassicole de ces 20 à 40 dernières années se situe de l'autre côté de l'Atlantique : aux États-Unis d'Amérique ! Et c'est donc de là-bas qu'a débuté une nouvelle révolution gustative brassicole, qui a ensemencé de part et d'autre de la planète.

Ainsi, en bon voisin, le Canada est devenu un pays brassicole solide. Plus surprenant, l'Asie prend le train en marche, avec notamment une scène de bière foisonnante au Japon. Plus près de nous, les pays d'Europe du Nord, Scandinavie en tête, sont devenus des locomotives, avec nombre de brasseries devenues des références dans le domaine. Les pays d'Europe méditerranéenne, eux, suivent des trajectoires diverses, et si le mouvement peinait encore à émerger dans la péninsule ibérique il y a peu, certaines brasseries tirent tout de même leur épingle du jeu ces dernières années, si bien que le mouvement y est aujourd'hui inexorablement lancé. La France, bien que méconnue par son propre public, affiche désormais un des plus important contingent de brasseries du continent… juste derrière l'exemple à suivre, le bon élève de ces 3 dernières décennies qui en ont fait, aux yeux de certains, la scène de bière aujourd'hui la plus fascinante : l'Italie, et ses bières qui n'en finissent plus d'émerveiller les amateurs les plus exigeants !

Un vin se déguste dans un verre à pied, contrairement à la bière ?

Une obscure croyance voudrait que seuls certains breuvages "élus" soient dignes d'un cérémonial de dégustation et de verres dédiés. La bière ne semblerait pas, selon ses prophètes, faire partie de la liste sacré.

Rassurez-vous, la vérité est bien plus simple : tout liquide dont vous aurez envie de profiter pleinement mérite un traitement approprié. Cela inclus un verre convenable (pas forcément LE verre ultime pour chaque cru, mais un verre qui respectera les caractéristiques de la boisson dégustée) et un appel aux différents sens pour démultiplier le plaisir.

Bref, que ce soit du vin, de la bière, du cidre, du whisky, du jus de fruit ou toute autre boisson à laquelle vous souhaitez rendre justice, il est toujours bienvenue de choisir un verre approprié, souvent à pied, afin d'en profiter comme il se doit, dans de bonnes conditions, en favorisant les expériences gustatives et autres.