
Les idées reçues autour de la bière (3/3)
Plus que d'autres boissons, la bière véhicule des clichés balourds, tout particulièrement à l'époque moderne et, curieusement, en France souvent plus qu'ailleurs. Sans surprise, l'ensemble de ces préjugés qui ternissent l'image du délicat élixir malté et houblonné qu'élaborent avec soin nos maîtres-brasseurs sont issus de l'ignorance du public et de sa touchante propension à définir les choses par opposition et à généraliser. Ainsi, alors qu'à grand renfort de stratégie marketing, le vin s'est taillé une image de boisson d'élite, la bière est souvent ramenée à une boisson tout juste bonne à désaltérer devant un match de football. Petit tour d'horizon des clichés injustifiés autour de la bière… pour mieux leur tordre le cou !
La bière, c'est bien pour l'apéro, après on passe au vin ?
Mettez-vous dans la peau d'un sommelier : l'objectif est d'accorder au mieux une boisson avec un plat. Pour cela, vous analysez les saveurs du plat et vous définissez le profil gustatif de la boisson que vous estimez compatible. Bien. Ensuite, vous faites appel à votre mémoire pour lister les bouteilles que vous avez en cave et qui pourraient correspondre à ce profil… Et si la boisson qui correspond parfaitement à votre besoin se trouve être une bière, allez-vous passer à côté d'un "accord parfait" ? Au nom de quoi ? D'une habitude obscure, le fameux "on n'a jamais fait comme ça, alors je ne sais pas…" ?
Libre à vous, mais ne venez pas vous plaindre ensuite si le cuisinier vous accuse d'avoir torpillé son chef-d'œuvre dans l'assiette avec une fausse note dans le verre !
Rassurez-vous, vous pouvez tout à fait oser un accompagnement, au premier abord inhabituel, tant que la logique et le bon goût guide votre choix.
Tout d'abord, et c'était l'objectif du bref exemple précédent, le vin n'a – évidemment – pas le monopole de l'accompagnement des plats d'un repas. C'est même tout le contraire, car il faut considérer toute boisson comme un accord potentiel. Oui : toute boisson, alcoolisée ou non, issue de fruits, de céréales ou autre. Vin, bière, cidre, whisky, etc., sont autant de terrains de jeu pour l'apprenti sommelier curieux.
La clef réside dans la largeur du spectre gustatif et aromatique de la famille de boisson considérée, qui définira le potentiel de compatibilité. En clair, plus une famille comportera des boissons de goûts différents, plus elle aura de chance de se marier avec divers mets. Et il se trouve qu'en ce qui concerne la bière, tout comme le vin, nous avons le bonheur de pouvoir compter sur une palette gustative et aromatique extrêmement riche. Alors, n'hésitez plus, lancez-vous !
La bière, ça fait grossir ?
Oui… si vous en buvez en énorme quantité et que vous ne buvez que des bières riches et sucrées !
Pas de miracle, donc : une bière sèche et légère, notamment, vous apportera bien moins de calories que sa moelleuse congénère. Mais aussi moins qu'un verre de vin, au demeurant. C'est simplement une règle de bon sens : pour simplifier, si vous visez une boisson pauvre en calorie, privilégiez celles contenant moins de sucre et au degré alcoolique faible.
Reste à surveiller la quantité ingurgitée. Car si la bière est en moyenne environ 2 fois moins calorique que le vin à quantité égale, on a parfois tendance à en boire au moins 2 fois plus, et elle pourra faire des ravages si on la boit en quantité inconsidérée !
Une bonne bière, c'est une bière très fraîche ?
Une étrange mode dans les bars de nuit prône le service de la bière "givrée".
Or, si certains styles de bière se boivent bien frais, il n'est nullement utile de les servir trop frais. Une température trop basse aura pour effet de masquer le goût de la bière, en plus de faire d'éventuels dégâts à la gorge du buveur… Quand il ne s'agira pas d'un effet secondaire un peu moins élégant. Car, ne l'oublions pas, la bière est une boisson gazeuse qui, si elle est ingurgitée trop froide, augmente le risque de ballonnements et autres émanations du gaz en question.
Au-delà des manœuvres marketing de "l'effet givré" lancées par les groupes industriels, il peut être utile de rappeler que chaque bière se boit à une température adéquate. Cela varie d'environ 5-6°C, pour les plus fraîches, à des températures dépassant parfois la celle de la cave de garde, soit autour de 12-14°C, car certaines bières se dégusteront quasiment à température ambiante.
La bière, boisson de poète ?
Il est étonnant de constater combien de personnes se méprennent à propos du houblon et pensent qu'il s'agit d'une céréale. Il n'en est rien : le houblon est une plante, de la famille des cannabaceae, dont les fleurs prennent la forme de cônes. Ce sont ces cônes que le brasseur incorpore à sa bière pour en extraire protéines, huiles aromatiques et agents d'amertume.
Ainsi, tout brasseur travaille ses bières avec des fleurs... Digne d'un poète ?
